PROTOSTELLA
 
 
PHILIPPE BAUDELOCQUE
 
 
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    octobre - 20 - october 2025  
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    PROTOSTELLA  
    Chrixcel  
       
    ◊ FORME, ORIGINE ET CHRONOLOGIE  
    Depuis l’invention de l’écriture le langage humain n’a cessé de se développer,  
    passant des signes aux lettres pour constituer des alphabets.  
    A partir de là se sont formés les éléments porteurs de sens permettant de décrire  
    le monde et d’exprimer des pensées. Dans cet ordre d’idée, Philippe Baudelocque  
    emprunte aux astronomes le terme protostella combiné à partir de deux mots  
    latins, le suffixe proto (primitif, premier) et stella qui signifie étoile.  
    Il la représente sous la forme d’un losange le plus souvent inscrit dans une forme  
    ronde ou ovoïde. Cette figure syncrétique se trouve absolument partout à chaque  
    ère terrestre jusque dans la nature, et à date nous pouvons le faire remonter  
    à l’Homo Sapiens. Les glyphes, dont certains possèdent des caractéristiques semi  
    figuratives ou géométriques, préexistent à l’alphabet latin.  
    Citons par exemple la découverte de fragments de pierre vieux de 73 000 ans  
    qui ont été découverts dans la grotte de Bomblos en Afrique du Sud, sur lesquels  
    on peut déceler des croisillons de losanges tracés à l'ocre. Parmi les « graffitis »  
    rupestres relevés sur divers sites préhistoriques, d’autres dessins gravés tels  
    que des ruches, échiquiers, réseaux et toiles d’araignée, cônes et spirales,  
    apparaissent de façon récurrente aux quatre coins de la planète.  
       
    On trouve dans l’histoire des peuples d’autres occurrences du losange primitif,  
    notamment dans l’alphabet scandinave remontant à la fin de l’ère Viking :  
    la rune appelée Ingwaz.  
    Bien avant cela, chez les Incas et les Mayas, l’étoile de Lamat, présente sur des  
    amulettes et le calendrier lunaire, procède du même losange flanqué de chaque  
    côté de quatre petits points ou cercles.  
    Utilisé dans de nombreux visuels contemporains, le losange est considéré  
    comme un quadrilatère dynamique. Si le carré, qui est un losange régulier,  
    est statique dans la mesure où il repose sur sa base, sa perception est modifiée  
    lorsqu’il fait des pointes à l’instar d’une danseuse étoile de ballet.  
    Par analogie avec son aspect proche de la toupie, il suggère le mouvement et  
    métaphorise la recherche d’équilibre, les ellipses (cf. ADN, fractales) et la  
    rotation des astres.  
    L’un des chantres de l’art cinétique, Victor Vasarely, ne s’y est pas trompé  
    puisqu’il s’est emparé du polygone pour créer le logotype de la marque  
    française automobile Renault. Selon ce dernier, le losange illustre le passage  
    de la 2D à la 4D, permettant de conduire à « la conquête de dimensions  
    supérieures au plan » (op.cit. Le Manifeste jaune, 1955).  
       
    En géométrie, il peut adopter une forme visuelle plus souple qui se traduit  
    par des courbes, constituant la surface comprise entre quatre cercles  
    isométriques tangents - il est d’ailleurs capable de contenir à son tour  
    un cercle. Ainsi, cette figure représente une parfaite mise en abîme  
    de l’éternel recommencement.  
     
    ◊ DE LA FORME A L'ARCHETYPE  
    Ce pictogramme ne s’est donc pas transmis de façon fortuite au fil du temps :  
    il invoque des valeurs et significations similaires, convergeant vers une  
    unique pulsion : celle de la vie avec tout ce qu’elle implique.  
    Mort et renaissance, amour, harmonie, abondance, cycles, transformation,  
    progression, direction...  
    Rose des vents ou boussole, c’est l’étoile de Lamat des Incas et des Mayas reliée  
    à la planète Vénus, déesse de l’amour chez les Grecs de l’Antiquité,  
    personnification du principe féminin dans de nombreuses cultures ayant forgé  
    l’imaginaire collectif au cours des siècles. C’est aussi la rune Ingwaz,  
    qui symbolise la fécondité et la plénitude, sa forme évoquant l'oeuf, la graine  
    ou le cône.  
    La langue métaphorique parle avec pudeur du « triangle ou mont de Vénus »  
    pour ne pas nommer  
    le terme latin VulVa – les deux V du mot formant d’ailleurs, lorsqu’ils sont  
    commutés bord à bord, une double pyramide (une en bas, une en haut).  
    Reliés pointe à pointe, les deux V dessinent la lettre X, comme en rappel du  
    chromosome féminin qui se distingue du masculin par la duplication de  
    sa lettre. Le losange est par conséquent un archétype vital, précieux et solide,  
    ce que souligne sa traduction anglaise diamond - diamant. Il est le Tout et  
    son contraire, embrassant deux aspects opposés mais néanmoins inséparables  
    d’une même réalité.  
       
    A l’aune de ce qui précède, le parcours artistique de Philippe Baudelocque suit  
    une logique évolutive.  
    Ce dernier part du graffiti – assimilable dans sa pratique à l’art pariétal  
    des premiers humains - pour écrire un ou plusieurs nom(s) ou mot(s), puis  
    par la suite illustrer le vivant à sa manière en utilisant un glossaire graphique  
    de formes plus ou moins figuratives. En prenant le parti de mettre en évidence  
    sa propre protostella, l’artiste s’inscrit dans la continuité d’une trame  
    commencée il y a déjà plusieurs milliers d’années.  
    Ce fragment d’étoile simple est le point de départ d’un tissage aussi bien réel  
    que virtuel qui traverse l’espace-temps, tout en se complexifiant à force  
    de se connecter à d’autres motifs semblables ou différents.  
    Issu de la nature, il suit scrupuleusement ses lois.  
    Son processus de création et de propagation est de ce fait exponentiel et infini.  
    Ainsi, sa multiplication structure les modèles ornementaux que nous  
    retrouvons dans les produits usuels (bijoux et vêtements, bibelots, objets d’art,  
    travaux filaires, édifices architecturaux, etc.). Il s’invite dans les objets les  
    plus banals, du cerf-volant à la simple vis à tête cruciforme.  
    Sa fréquence occupe la matière avec une telle intensité et une telle  
    omniprésence que paradoxalement, les humains finissent par ne plus le  
    remarquer, tout absorbés qu'ils sont par de multiples diversions principalement  
    technologiques et psychologiques. Le monde est semblable à un gigantesque  
    palimpseste saturé d’écritures, d’ondes et d’informations qui brouillent la  
    vision et étouffent l’esprit et le corps. En l'isolant par unités ou groupuscules,  
     
    Philippe Baudelocque rend l’étoile archétypale visible, agissant comme une  
    torche dans l’obscurité afin de mettre en lumière sa source originelle et sa  
    résonnance vibratoire.  
    La protostella s’appréhende comme un signal idéogrammatique générant  
    un souffle d’air, une brèche à travers une cage thoracique étriquée.  
    C’est un portail activateur de mémoire qui permet la transcendance et  
    l’expansion de l’unité vers le Tout, c’est-à-dire l’harmonie cosmique.  
       
   

 
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
     
       
    2018  
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    FIL CONDUCTEUR  
       
    Ce fil est la matérialisation d'une onde.  
    Toute ligne inscrite dans la matière en est la cristallisation.  
    Ce qui est fugace, évanescent, muable devient alors durable.  
    Les ondes d'énergie donnent des formes qui perdurent avant  
    de se dissoudre.  
    Le fil est symbole du destin humain.  
    Toutes les formes sont tissages.  
    Enregistrement d'une onde et de l'interférence de deux ondes.  
    Une longueur d'onde caractérise chaque vibration, chaque radiation,  
    chaque rayonnement et des particules de plus en plus subtiles et  
    rares sont découvertes par les scientifiques qui cherchent  
    continuellement à unifier ce qui à priori semble différent.  
    On utilise les mêmes formes mathématiques pour décrire une onde  
    lumineuse, une corde vibrante de guitare, une onde sonore ou une  
    onde aquatique.  
    La substance primordiale est ainsi représentée en Australie par  
    le Serpent-Premier comme c'est le cas dans de nombreuses autres  
    traditions.  
    De nombreuses histoires tribales citent le Serpent-Arc-en-Ciel ;  
    il représente la trame de l'énergie ou conscience qui, au départ,  
    est paix absolue, puis se transforme en vibration et devient son,  
    couleur et forme.  
       
    L'onde fut représentée de tout temps et en tout lieu par des vagues,  
    comme celles gravées dans les temps anciens sur les cairns ou sur  
    les tumulus, les menhirs celtes ou éthiopiens, les Moai pascuans...  
    Les humains depuis toujours, gravent ou dessinent une forme et  
    utilisent la ligne en tant que trace d'un mouvement.  
       
    Une voie ancestrale nous relie par une chaîne ininterrompue aux  
    premiers humains du règne de la création et, à travers eux,  
    aux règnes qui l'ont précédé.  
    Accroché au fil de la vie, la personne est raccordée à l'Energie  
    présente dans l'Univers et à toutes les créatures, en passant  
    par tous ceux qui l'ont précédée et en se projetant dans tous ceux  
    qui viendront, en accord avec la nature environnante.  
       
    Pour les Indiens péruviens comme pour tous les hommes primitifs :  
    Les plantes, les animaux et même les pierres sont des êtres vivants.  
    Ils forment la chaîne continue de la vie.  
    Le Tout unique est tissé de tous les vivants et de tous les morts.  
       
    Fil à fil se dit et se transmet chaque étape de la vie : puberté,  
    mariage, enfantement ou décès.  
    Le dessin, l'art du trait, peut-être l'une des plus anciennes  
    formes de l'art, a suscité très vite la réflexion et l'interrogation  
    sur ce qu'est la condition humaine.  
    L'Ars lineandi, l'art de tracer une ligne, de la dessiner ou de la  
    graver, qu'il soit lombard, irlandais, celtique, arabe, oriental,  
    préhistorique, médiéval ou contemporain, met en forme dans  
    la matière, les élans de l'âme.  
       
    L'un des exemples de représentation graphique de ce fil les plus  
    extraordinaires est le ruban d'A.D.N. qui évolue en milieu liquide.  
    Il se croise, se décroise, se noue sous l'action des enzymes.  
    L'A.D.N. est un cristal apériodique qui reste constant depuis  
    sa création. Seul l'ordre des quatre lettres qui le codent change  
    d'une espèce vivante à une autre.  
    Il serait apparu il y a environ 3,5 milliards d'années et il s'est  
    multiplié en un nombre incalculable d'espèces différentes, tout en  
    restant rigoureusement le même.  
    Ainsi, la molécule d'A.D.N. est une longue chaîne unique constituée  
    de deux rubans entrelacés et reliés en leur milieu par les quatre bases.  
    L'ADN et ses mécanismes de duplication sont les mêmes pour tous les  
    êtres vivants.  
    D'une espèce à l'autre, il n'y a que l'ordre des lettres qui change.  
    Cette constance remonte aux origines mêmes de la vie sur Terre.  
       
    L'ADN peut être considéré comme un langage, fait de lettres  
    chimiques, en rapport avec les vingt acides aminés qui servent  
    à faire des protéines.  
    C'est un codage extrêmement intelligent.  
       
    La représentation de la triple hélice de collagène par les scientifiques  
    est un déploiement d'entrelacs.  
    Il est de plus en plus certain que la découverte d'un code génétique  
    unique pour l'ensemble des êtres vivants, constitué de 64 mots,  
    dont plusieurs servent de ponctuation.  
    La vie est intelligence manifestée dans son triple aspect de création,  
    de conservation et de destruction.  
       
       
   

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    A COMMON LINE  
       
    This line is the materialization of a wave.  
    Any line etched in matter is the manifestation of this line.  
    All that is fleeting, evanescent and protean thereafter becomes enduring.  
    Waves of energy create shapes that linger before dissolving.  
    The line is a symbol of human destiny; all its forms are its weave.  
    Recording a wave and interference of two waves.  
    A wave length characterizes each vibration, each beam.  
    Scientists attempting to unify seemingly disparate fields have discovered  
    increasingly subtle and rare particles.  
       
    And they use the same mathematical symbols for describing a light wave,  
    a vibrating guitar string, a sound wave or a ripple of water.  
    In Australia, the Primal Snake represents primordial matter, as is the case  
    in many other traditions whose tribal stories refer to the Rainbow Snake.  
    It represents the weft of energy or conscience which initially is total peace  
    and then transforms into vibrations, sound, color, and shapes.  
    Waves have been represented around the world since time immemorial  
    like those etched in long-ago epochs in the cairns or in the tumuli,  
    in the Celtic or Ethiopian Menhirs, and in the Moai Easter Island heads.  
    Humans have always etched or drawn, using the line to trace a movement.  
    This line is an ancestral pathway that binds us by an unbroken chain  
    of our early human kingdoms of creation and through them the kingdoms  
    that followed.  
    Tied to this line, we are connected to this energy in the universe and to all  
    its creatures, passing through a line of all that has proceeded and all that  
    will follow in harmony with the surrounding natural world.  
    For Peruvian Indians like for all early humans, plants, animals, and even  
    stones are living entities.  
    They form the unbroken threads of the fabric of life, cut from a single cloth,  
    woven of the living and the dead.  
    These lines communicate with each other and are passed down through  
    each of life’s stages :  
    puberty, marriage, birth or death.  
    Drawing may be one of the oldest art forms.  
    And it immediately begs questions about the human condition.  
       
    Ars Lineandi (Art of the Line), the art of tracing the draughtsman or  
    engraver’s line, whether Lombard, Irish, Celtic, Arabic, Asian, prehistoric,  
    medieval or contemporary, structures the movements of the soul.  
       
    One of the most extraordinary examples of the graphic representation  
    of this line is the DNA strand, which evolves in a liquid medium.  
    DNA strands cross, uncross, and are bound by the action of enzymes.  
    DNA is an aperiodic crystal that has remained constant since its inception.  
    Only approximately four letters that code DNA change from one living  
    species to another.  
    DNA is believed to have appeared nearly 3.5 billion years ago and it  
    has multiplied into countless different species, while remaining  
    fundamentally unchanged.  
       
    As such, DNA is a long single chain consisting of two interlaced strands  
    connected in their middle by four bases. DNA and its replication  
    mechanisms are the same in all living beings.  
    From one species to another, only the order of the letters changes.  
    This constancy dates to the very origins of life on Earth.  
    DNA can be thought of as a language, its alphabet consisting of chemical  
    letters and punctuation marks.  
    These letters and symbols relate to the twenty amino acids, which are  
    the building blocks of proteins and are coded in an extremely intelligent  
    manner. Scientists represent the collagen triple helix with DNA interlacing.  
    It is becoming increasingly irrefutable that a single genetic code for  
    all living beings consisting of 64 words will be discovered ; life’s intelligent  
    blueprint manifested in its threefold aspect of creation, preservation,  
    and destruction.  
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
    2015  
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    EN REFERENCE AUX GUERISSEURS D'AMERIQUE DU SUD  
       
    Tel un chamane des temps modernes, l'univers très coloré de l'artiste  
    prend essence dans le pouvoir vertueux des plantes.  
    Ses peintures colorées représentant des fleurs exotiques qui prolifèrent  
    dans l'espace urbain pour le bonheur des passants.  
    Son geste est fluide, ses compositions harmonieuses, rien ne semble figé,  
    le tout s'organisant dans une gestion parfaite dans des formes aléatoires  
    ou non, un rendu très maîtrisé qui traduit la virtuosité du trait de  
    PROTOSTELLA.  
    Se revendiquant proche de l'univers du Land Art, il utilise également  
    le cadre et les éléments de la nature pour créer des installations in situ.  
       
    Justine Brault  
    mai  
       
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    IN REFERENCE TO SOUTH AMERICAN HEALERS  
       
    Like a modern day shaman, the essence of the artist’s very colourful  
    world is in the virtuous power of plants.  
    His bright paintings depicting exotic flowers flourish with fluid  
    gestures and harmonious compositions.  
    Nothing appears fixed. The arrangement displays a perfect command  
    of random shapes in a very polished depiction interpreting technical  
    virtuosity.  
    Professing to be close to the world of Land Art, he also uses frameworks  
    and elements in nature to create installations in situ.  
       
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    HACIENDO REFERENCIA A LOS CURANDEROS DE AMERICA  
    DEL SUR  
       
    Tal como un chamán de los tiempos modernos, el universo muy  
    colorado del artista coje esencia en el poder virtuoso de las plantas.  
    Sus pinturas coloradas representan las flores exóticas proliferan  
    en el espacio, su gesto es fluido, sus composiciones armoniosas  
    nada parece fijo, el todo organizandose en la gestion perfecta  
    al azar de las formas, una devolución muy dominada que traduce  
    la virtuosidad de la caracteristica del artista.  
    Alegando cerca del universo de Land Art, tambien utiliza el entorno  
    y los elementos de la naturaleza para crear unas instalaciones  
    in situ.  
       
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    EM REFERENCIA AOS CURANDEIROS DA AMERICA  
    DO SUL  
       
    As suas pinturas coloridas, representando flores exóticas,  
    proliferam no espaço.  
    O seu gesto é fluido, as suas composições harmoniosas, nada  
    parece estático, organizando-se o todo numa gestão perfeita  
    da aleatoriedade das formas, numa representação muito  
    conseguida, a traduzir o virtuosismo do traço do artista.  
    Reivindicando a sua proximidade com a Land Art, tal como  
    ela utiliza o quadro e os elementos da natureza para criar  
    instalações in situ.